Sur la côte Est du Groenland, au-delà des 70° Nord et du dernier village inuit « Ittoqqortoormiit », s’ouvre le plus vaste système de fjords au monde : le Scoresby Sund.
Un labyrinthe de 38 000km² de montagnes colossales et d’immenses bras de mer où l’on pourrait ranger la Belgique et 3 fois le Luxembourg ! Ce territoire démesuré est phénoménal, totalement vierge et possède de nombreux recoins inexplorés que nous sommes allés découvrir et étudier.

Malgré la nature sauvage à son paroxysme dans ces latitudes lointaines, le réchauffement climatique n’épargne aucun sanctuaire. Encore moins dans les pôles. Et comme cette immense région était peu ou pas étudiée, il apparaissait pertinent d’aller y faire des relevés.
Au travers d’une expédition scientifique d’envergure, nous nous sommes focalisés sur la biodiversité sensible de ces lieux et sur certaines dynamiques glaciaires complexes que l’on souhaitait déchiffrer.
Voici la dizaine d’objectifs scientifiques que nous avions initialement décidé de mener sur le terrain :




Un tel projet polaire est incroyablement difficile à mettre sur pied. Alors, lorsqu’on réussi à organiser une expédition là-bas, autant dérouler le programme le plus complet possible. Et c’est donc une épopée incroyable, d’une rare intensité, peut-être même la plus grosse expédition que j’ai vécu, tout là-bas, au Scoresby Sund !
Porté par l’ami Evrard Wendenbaum lorsque je travaillais sur le programme Lost Worlds de l’ONG Naturevolution (entre les années 2015 et 2020), nous avons rassemblé pour ce projet de nombreux partenaires scientifiques et techniques, mécènes d’entreprises et fondations ainsi que des collaborateurs média et institutionnels.
C’était une énorme responsabilité que d’organiser une telle expédition, mais également un épisode professionnel particulièrement formateur qui m’a appris à repousser toutes les limites et surmonter tous les obstacles. Même les plus improbables comme partir de zéro ou presque, travailler jour et nuit, alimentés par la seule et unique conviction de l’exceptionnalité de notre projet, de notre mission. Là où beaucoup se seraient arrêtés, nous avons persévéré et finalement nous avons réussi à embarquer pour le Groenland.
Sur le terrain, nous étions pas moins d’une quinzaine de personnes pour travailler sur une dizaine de projets scientifiques répartis sur l’ensemble du territoire. Un tout petit bateau bateau inuit pour nous déplacer par petits groupes dans les fjords. Des centaines de kilos de matériel à porter ensuite sur le dos à travers d’interminables vallées, de gigantesques glaciers et d’immenses toundra sur 2 mois de terrain en autonomie totale !

Il ne fait nul doute que c’est une expérience extraordinaire que nous avons vécu. Une aventure humaine puissante dans un décor hors-norme. Les projets de recherches étaient sans cesse stimulants avec leurs lots de découvertes stupéfiantes. Les paysages naturels grandioses dans lesquels nous évoluions nous faisaient alterner entre une contemplation ébahie et l’intensité physique inouïe qu’il nous fallait pour les traverser…
On devait raconter ça !
Alors avec les moyens du bord nous avons filmé comme on a pu, c’est-à-dire dans des conditions d’expédition extrêmement rudes et nous avons rapporté le maximum d’images de cette expédition.
Au final, c’est la thématique « glace » qui sera retenue comme sujet principal du documentaire. Un superbe 52 minutes, co-réalisé par Evrard Wendenbaum et Gil Kebaïli sortira chez Les Gens Biens productions et sera diffusé sur Arte, Ushuaïa TV et de nombreux festivals où il marquera son époque.
Et en bonus, voici une version « à l’américaine » du teaser ! Cliquez ici
« La différence entre un rêve et la réalité, c’est une date »
Walt Disney
En parallèle de cela nous tenions à informer notre communauté durant l’expédition même. Au travers d’un blog tenu par la journaliste embarquée Marie-Lilas Vidal, quelques dizaines d’articles auront été régulièrement envoyés par connexion satellite pour raconter notre quotidien.
En cliquant ici d’ailleurs, vous pouvez consulter mon article concernant les aurores boréales observées à la fin de l’expédition lorsqu’il commençait à faire nuit.
Enfin, notre talentueuse et favorite illustratrice Aurélie Calmet (aka Auka) qui accompagnait régulièrement nos expéditions, a capturé sur le vif nombre de scènes, paysages et portraits dans ses splendides aquarelles.



Pas moins de 15 personnes sur le terrain constituait l’équipe, mais on ne doit pas occulter toutes les personnes qui ont travaillé sur la plus lourde partie de l’expédition : c’est à dire avant et après le Groenland.
Ainsi, ce sont plusieurs dizaines de personnes sur plus d’une année de travail qui auront été nécessaires pour qu’une petite quinzaine d’hommes et de femmes partent 2 mois sur le terrain.
Mais dans le détail sur le terrain, nous étions 3, 4 personnes de l’ONG (dont moi) suffisamment polyvalentes et surtout increvables pour organiser toute l’expédition comme suit :
Une fois que tout cela était en place, on pouvait alors dérouler la dizaine de projets scientifiques sur la faune, la flore et la glace de nos 5 chercheurs embarqués.
Avec du matériel scientifique supplémentaire à tout celui cité au-dessus, particulièrement lourd, technique et fragile, les opérations ont donc été complexes à mettre en oeuvre mais aussi souvent spectaculaires. Voire même, elles ont été des premières en la matière : comme par exemple monitorer un iceberg ou encore plonger dans un moulin actif…
À ces opération inédites se greffaient par-dessus la logistique de tournage du documentaire, ou encore de reportage, photo et peinture. 15 personnes n’étaient donc pas de trop !
Mais la tâche la plus importante résidait surtout à maintenir une atmosphère positive dans l’équipe. La fatigue physique des déplacements, des portages, d’une alimentation restreinte pour tenir sur la durée épuisent les esprits et créent des tensions inévitables. C’est ainsi que j’ai perçu à quel point l’aventure humaine était primordiale sur le reste. Et c’est aussi le souvenir qu’on en garde, ce qui fait la saveur d’une bonne ou d’une mauvaise expé.
Alors, lorsque des tensions apparaissaient, il fallait absolument savoir garder son sang-froid, conserver sa ligne de conduite et vite désamorcer les zizanies au risque de voir tout le projet s’effondrer sur lui-même ! Être profondément enthousiaste, bienveillant, volontaire sont les qualités primordiales pour faire partie d’une expédition ; bien avant l’expérience, la compétence technique ou la forme physique.
Cette aventure aura ainsi permis de mettre en lumière l’importance de cette dimension humaine, relationnelle et de bien choisir ses partenaires lorsque cela est possible. Elle aura aussi permis de mieux nous connaitre.
Ceci-dit, encore une fois, le Scoresby Sund était un univers tellement spectaculaire et nos missions tellement dingues que cette épopée polaire nous stimulait continuellement. Chaque soir au coin du feu (du réchaud plutôt), les discussions exaltées étaient tellement passionnantes et mutuellement très enrichissantes… On apprenait tous les uns des autres dans des moments de partage privilégiés. Evidemment, de belles amitiés se sont créées.
De longs mois après l’expédition ont été nécessaires pour traiter toutes les données enregistrées sur le terrain. En 2019 nous disposions donc enfin d’un rapport préliminaire que voici.
Il donne les grandes lignes des conclusions de nos travaux. Des découvertes, des vérifications et de nouvelles questions émergent sur les 6 sujets suivants :
Difficile de faire un tri sélectif de toutes les photos prises durant cette expédition tant les images sont superbes et spectaculaires !
Je vous laisse donc vous évader à travers cette collection de clichés, les auteurs sont mentionnés dans les images.
